
J'ai toujours été son pantin. Son jouet, sa poupée. J'avais tellement peur de le voir se dérober à jamais que je m'étais moi-même réduite au rang d'esclave pour ne pas le perdre.
Et j'étais heureuse ainsi. Car chaque morsure était une renaissance, chaque baiser un feu d'artifice, chaque souffle une vague de sensations qui s'écrasait sur ma peau, chaque hurlement un incendie dans mes cheveux et c'était mal, mais c'était beau.
Je disais oui à tout, je ne contestais jamais ses décisions, il était le roi de mon monde effervescent.
Puis un jour, je l'ai dit. J'ai prononcé le mot interdit. J'ai murmuré "non" pour je ne sais quelle raison. Et en un instant je sentis l'hiver s'étendre sur toutes les saisons. Mon coeur fut givré à jamais depuis cette fois où je reçus de sa main la première caresse empoisonnée.
Une gifle, deux, trois, des poings, une violence déferla sur tout mon corps avec des surnoms qui ne sortaient jamais de sa bouche "salope", "putain".
Tandis que mon visage brûlait de douleur mes poumons tentaient de capturer l'air tant bien que mal, alors qu'une main saisissant mes cheveux me cognait contre le sol dur, froid, sale. Ma peau devenait bleue puis noire, au fond de ses yeux une lueur maléfique perçait mes blessures, j'avais peur, je sanglotais mais bête comme je suis je lui murmurais encore que je l'aimais.
Alors que je croyais avoir touché le fond des enfers ses mains capturèrent ma gorge et la serrèrent, de plus en plus fort, de plus en plus fort, de plus en plus fort. La lumière s'estompait, puis revenait, il jouait à me tuer et à me réanimer. Est-ce vraiment ce roi-là que j'ai aimé ?
Mes os se brisaient quand il me cognait contre les murs, la maison semblait trembler et face à ce monstre je me rendis compte que finalement je ne possédais aucune armure, qu'il m'avait complètement domptée dans ce cirque infernal et pouilleux, que je n'avais pas plus de valeur que l'amour superficiel qui brillait au fond de ses yeux.
Faible, faible, faible.
Je priais les cieux de me laisser crever en paix dans cette chambre froide que lui et moi avions partagée. La soirée fut longue, il tomba de fatigue à mes côtés mais je n'avais plus la force de me relever pour le quitter.
Au petit matin, ses paupières se levèrent et il roula sur le côté pour mieux dévisager mon visage ensanglanté. Un baiser furtif s'apposa sur ma joue et il étouffa un "je t'aime" dans mes cheveux comme si rien n'était.
J'entendis l'eau de la douche couler, je le vis s'habiller et partir sans dire mot.
Et je m'éteignis en silence dans le bain rougeâtre qu'étais devenu mon lit, au milieu des pétales de fleurs qui s'étaient étalés ici et là lorsque les vases furent brisés sur mes bras.
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